La bataille des agriculteurs : le redouté Mercosur
Guidés par un profond sentiment de désespoir, des milliers d’agriculteurs ont manifesté aux quatre coins de l’Hexagone ces derniers mois pour s’opposer au traité de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur. Aujourd’hui, les agriculteurs dépendent largement des subventions accordées par l’Union européenne ainsi que des règles qu’elle impose. Or, le 17 janvier 2026, un accord de libre-échange a été conclu entre l’Union européenne et plusieurs pays d’Amérique latine : l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay, réunis sous l’appellation Mercosur. Cette entente prévoit notamment une ouverture accrue des échanges commerciaux, avec la suppression de plus de 90 % des droits de douane sur les produits concernés.
Avant même sa signature, l’accord suscitait déjà une forte mobilisation. Les manifestants s’opposaient au Mercosur en bloquant les grands axes routiers à l’aide de leurs tracteurs. Le média France 3 annonçait ainsi qu’entre le 20 et le 21 janvier, plus de 700 tracteurs et plusieurs milliers d’agriculteurs venus de toute la France et d’Europe se sont rassemblés devant le Parlement européen à Strasbourg pour protester contre l’accord. Axel Masson, secrétaire général de la Coordination rurale du Loir-et-Cher, décrit une profession « prisonnière du système européen ».
Mais que reprochent concrètement les agriculteurs à cet accord transatlantique ?
Le Mercosur est perçu par une grande partie du monde agricole comme une forme de concurrence déloyale. Celle-ci se définit comme le fait, dans le cadre d’une concurrence autorisée, de recourir à des pratiques contraires aux règles et usages en vigueur, causant ainsi un préjudice économique. En l’espèce, plusieurs griefs sont avancés. Tout d’abord, les prix des produits agricoles importés d’Amérique latine défient toute concurrence. Dans une note publiée en novembre 2024, l’Institut de l’élevage (Idele) estimait que les coûts de production dans les élevages de bovins viande au Brésil étaient inférieurs d’environ 60 % à ceux des élevages européens. Par ailleurs, les agriculteurs dénoncent des normes sociales et environnementales moins strictes imposées aux pays du Mercosur qu’aux exploitants européens.
La réponse de la Commission européenne
Face à ces critiques, la Commission européenne défend l’accord en avançant que les 99 000 tonnes de viande bovine concernées ne représenteraient qu’une part marginale de la consommation européenne, soit 1,2 % en 2019 et une estimation de 1,6 % en 2024. Toutefois, en pratique, certains morceaux nobles devraient être importés en grandes quantités, ce qui inquiète particulièrement les éleveurs. En outre, le 3 septembre 2025, la Commission européenne a proposé plusieurs garanties aux agriculteurs, dont le renforcement des clauses de sauvegarde. Celles-ci permettent à l’une des parties de rétablir temporairement des droits de douane ou de limiter les importations si celles-ci provoquent ou menacent de provoquer un préjudice grave à un secteur économique. Ces clauses concerneraient notamment le bœuf, le sucre et la volaille, et s’accompagneraient d’un renforcement des contrôles sur les importations. Néanmoins, la Confédération paysanne juge ces mesures insuffisantes : si elles peuvent atténuer certains effets négatifs de l’accord, elles ne résolvent pas les problèmes structurels liés aux écarts de compétitivité.
Pour autant, si l’accord à été conclu, la lutte des agriculteurs n’est pas terminée. Le 21 janvier, la Cour de justice de l’Union européenne a été saisie par plusieurs eurodéputés opposés au Mercosur, notamment français, afin de vérifier la légalité de l’accord. Cette saisine a entraîné la suspension du vote du Parlement européen pour une durée estimée entre 12 et 18 mois, délai nécessaire à l’examen du dossier par la Cour. Toutefois, le droit de l’Union européenne autorise la Commission à appliquer provisoirement l’accord sans l’approbation préalable du Parlement. Si Ursula von der Leyen décidait d’user de cette possibilité, option qu’elle semble privilégier, une telle décision serait perçue par ses opposants comme une atteinte au fonctionnement démocratique de l’Union européenne.
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