Andorre : l’illusion d’un État moderne
468 Km², 86000 habitants, un gouvernement unique au monde. A seulement 2h30 de notre Ville Rose, la France, pays des droits de l'homme, partage 56 km de frontière avec un tout petit Etat : le paradis fiscal andorran.
Andorre trouve son origine en 780, lorsque Charlemagne lui concède une forme d’indépendance. À l’instar d’autres micro-États européens tels que Saint-Marin, le Liechtenstein ou Monaco, Andorre est l’héritière d’un système monarchique féodal ancien, dont certaines caractéristiques peinent encore aujourd’hui à s’adapter aux exigences du monde contemporain.
La stabilité politique andorrane repose sur le Paréage d’Andorre, accord conclu en 1278 entre deux hommes : l’évêque d’Urgell (en Catalogne) et le comte de Foix (en France). Intégré par la suite à la Couronne de France, le titre de coprince est aujourd’hui détenu par le chef de l’État français. Contrairement aux États des Balkans qui aspirent à intégrer l’Union européenne afin de favoriser leur développement économique, Andorre n’y verrait que peu d’avantages. Le micro-État risquerait en effet de perdre une part significative de son autonomie, notamment en raison du système de vote à majorité pondérée, fondé sur la démographie. Pour pallier ses ressources limitées, Andorre a adopté une politique économique spéciale impliquant un faible niveau de taxation, particulièrement avantageux. Ainsi, le micro état s'est peu à peu hissé au rang de paradis fiscal, attirant de plus en plus de capitaux et consommateurs étrangers.
Andorre illustre une forme d’intégration asymétrique vis-à-vis de l’Union européenne. Bien que non membre de l'Union ou même de l’espace Schengen, le territoire juché en haut des Pyrénées utilise l’euro depuis sa création. Avant de pouvoir frapper leur propre pièce, à partir du 1er juillet 2013 en vertu d’un accord monétaire avec l’Union européenne, l’État s’était vu refuser en 2011 la mise en circulation de pièces andorranes. Très conservateurs quant à la religion chrétienne, pratiquée par près de 90% de la population, les autorités andorranes avaient proposé des pièces aux effigies du Christ. Illustration du refus de se conformer au principe communautaire de neutralité.
Derrière l’image idyllique des stations de ski et des produits de luxe à bas prix se cache une réalité bien plus sombre. L’État andorran : État hors du temps ? Bien que le pays coopère étroitement avec l'UE, il persiste à maintenir des normes juridiques contraires aux valeurs européennes fondamentales. Cernée par deux Etats membres de l’Union européenne, dont le pays des droits de l’homme, Andorre se refuse à autoriser ce qui selon le Conseil européen est un droit fondamental, un droit de l’Humain : le droit à l’avortement.
Alors qu’en France les premières mobilisations pour le droit à l’avortement émergent dès 1971 et aboutissent à sa dépénalisation en 1975, Andorre est aujourd’hui encore très éloignée d’une telle reconnaissance. Fervent catholique, l’État, co-dirigé par un évêque, a même durci sa législation en 2005. Depuis, les femmes ayant recours à un interruption volontaire de grossesse encourent jusqu’à deux ans et demi d’emprisonnement, tandis que les médecins pratiquant ces avortements dits « clandestins » risquent jusqu’à douze années d’incarcération dans certaines situations.
Malgré une première manifestations dans les rues d’Andorre-la-veille en 2018, la possibilité d’avorter meme en cas d’inceste, viol ou malformation du foetus (situations ne justifiant toujours pas l’avortement selon les institutions andoranne), n’est pas encore au gout du jour. Les pro-avortement font de plus en plus entendre leur voix, mais l'Église demeure clouer à ses positions, menacant de retirer l'évêque et mettre fin à la co-principauté si l'avortement venait à être légalisé. Une telle décision conduirait à un événement non voulu de plus : la naissance d’un effondrement de l'État et de l’institution Andorrane.
Andorre, comme de nombreux micros États européen, demeure inscrit dans la liste des Etats les plus violateurs et en retard en matière de droits des femmes. Comme pour chaque évolution marquante dans l’histoire d’un pays, il ne s’agit peut-être que d’une question de temps avant que la progression des droits humains en Europe ne contraigne cet État hors du temps à aligner sa législation sur celle de ses voisins.
La bataille des agriculteurs : le redouté Mercosur
Guidés par un profond sentiment de désespoir, des milliers d’agriculteurs ont manifesté aux...
C'est quoi le Parlement européen ?
Le Parlement européen est la seule institution de l’Union européenne composée de représentants...
C'est quoi la Commission européenne ?
« Œuvrer pour chaque citoyen européen, qu’il vienne d’un petit ou d’un grand pays, de l’Est ou...
Le bras de fer européo-"SHEIN-OIS"
Pendant des années, les colis de plateformes comme SHEIN ou TEMU de moins de 150 euros n’étaient...
Le projet « Omnibus I »
Le projet « Omnibus I » : simplification ou vacillement de l’UE en termes de protection de...
Agonie de la liberté d'expression turque ?
"La Turquie est le berceau de la presse, ce qui créera un vraie voix … Un arbre de pensée,une...